Les métiers doivent s’adapter en permanence
Réalisé en 2023 par la Haute école fédérale en formation professionnelle (HEFP) sur mandat du SEFRI, ce rapport analyse les effets de plusieurs grandes transformations sur le marché du travail et la formation en Suisse : numérisation, crise du coronavirus et changement climatique.
La numérisation est considérée comme un moteur permanent de transformation structurelle de l’économie. Elle modifie les activités exercées au sein des professions, fait évoluer l’importance de certains métiers et contribue à l’apparition de nouvelles professions.
Les conséquences sont cependant très différentes selon les secteurs, les professions et même les entreprises d’une même branche.
Les compétences évoluent avec les métiers
Les transformations technologiques ne font pas nécessairement disparaître les professions, mais modifient les tâches et les compétences nécessaires pour les exercer.
Cette évolution crée un décalage potentiel entre les compétences acquises précédemment par les professionnels et celles désormais recherchées sur le marché du travail.
Le rapport souligne ainsi que les personnes en activité doivent constamment maintenir leurs compétences à jour dans une logique d’apprentissage tout au long de la vie.
La formation continue est la première à s’adapter
L’un des constats importants du rapport concerne la vitesse d’adaptation du système de formation.
Lorsque de nouvelles compétences apparaissent sur le marché du travail, c’est dans la formation continue que ces nouvelles exigences se répercutent le plus rapidement. Elles ne sont intégrées que plus tard dans les formations formelles, notamment lors de la révision des plans d’études, des ordonnances de formation ou des règlements d’examen.
La formation continue joue ainsi un rôle particulièrement important lorsque les technologies et les compétences évoluent rapidement.
Maintenir l’employabilité des personnes déjà en activité
La formation continue ne sert pas uniquement à améliorer des compétences existantes. Elle permet également d’acquérir des compétences nouvelles devenues nécessaires à l’exercice d’une profession.
Lorsque la demande de main-d’œuvre se déplace entre différentes professions ou différents secteurs, elle peut également faciliter les reconversions et les réinsertions professionnelles.
Elle constitue ainsi un mécanisme d’adaptation du marché du travail : plutôt que de remplacer systématiquement les professionnels dont certaines compétences deviennent moins recherchées, il est possible de leur permettre d’acquérir celles qui sont désormais nécessaires.
La formation initiale s’adapte plus lentement
La formation initiale doit elle aussi évoluer avec les besoins du marché du travail. En Suisse, les nouvelles exigences peuvent être intégrées dans les plans de formation, les ordonnances et les règlements d’examen.
Ces adaptations nécessitent toutefois des processus de consultation, de négociation et de révision qui prennent du temps.
Le rapport constate ainsi un décalage : la formation continue peut répondre rapidement à l’apparition de nouveaux besoins, tandis que leur intégration dans les formations initiales intervient avec un certain retard.
Formation initiale et formation continue sont complémentaires
Le rapport ne remet pas en cause la nécessité de la formation initiale. Celle-ci doit notamment transmettre des compétences suffisamment larges pour permettre aux professionnels de rester mobiles entre différentes entreprises et activités.
Il met cependant en évidence la nécessité de compléter cette formation initiale par un apprentissage tout au long de la vie.
Dans un environnement professionnel soumis à des transformations technologiques rapides, un diplôme ne constitue donc plus l’aboutissement de la formation professionnelle, mais la base sur laquelle de nouvelles compétences devront régulièrement être construites.
Un enjeu particulièrement important avec la numérisation
La numérisation illustre particulièrement ce phénomène. Certaines innovations peuvent modifier profondément les processus de production, les modèles économiques et les compétences recherchées.
Le système de formation doit donc être capable de réagir à des transformations dont les conséquences peuvent être différentes d’un secteur ou d’une profession à l’autre.
Le rapport considère que la capacité d’adaptation du marché du travail et du système éducatif constitue à ce titre un élément essentiel pour faire face aux transformations futures.
Ce que cela implique pour la politique de formation
Le rapport invite finalement à considérer la formation comme un processus dynamique. Les nouvelles compétences apparaissent d’abord dans les entreprises et sur le marché du travail, sont rapidement reprises par la formation continue, puis peuvent progressivement être intégrées dans les formations formelles lorsqu’elles deviennent durablement nécessaires.
Cette logique donne à la formation continue une fonction stratégique : permettre aux personnes déjà présentes sur le marché du travail de suivre l’évolution de leur profession sans attendre que l’ensemble du système de formation initiale soit adapté.
Dans un contexte de transformation technologique rapide, la question n’est donc plus uniquement de savoir combien de nouveaux professionnels doivent être formés, mais également comment maintenir et renouveler les compétences de ceux qui exercent déjà leur métier.