Pourquoi l'Algonaute?

Une revue de presse pour les jeunes en formation et les entreprises formatrices

Pourquoi l'Algonaute?

Les outils numériques doivent rester un prolongement des compétences humaines et non leur substitut. »

Pour les jeunes, construire des compétences avant de les déléguer à la machine ; pour les entreprises, profiter des technologies sans leur abandonner leurs compétences, leurs données et leur capacité d’agir.

Former dans un monde numérique en mouvement

Je constate depuis quelques années un profond bouleversement des besoins en matière de formation numérique. Et cette évolution a commencé bien avant la popularisation de l’intelligence artificielle.

Une première rupture importante est apparue avec la généralisation des applications dans le cloud. Elle s’est accompagnée d’une beaucoup plus grande volatilité dans le choix des logiciels. Les entreprises changent plus facilement de solution métier, de GED, de CRM, d’ERP ou de logiciel de comptabilité. Dans le même temps, de nouveaux acteurs sont venus bousculer des positions que l’on pensait durablement acquises.

Dans les métiers de la création, par exemple, Canva ou Figma ont remis en question une partie du territoire historiquement occupé par la famille Adobe, notamment Photoshop ou Illustrator, tandis que DaVinci Resolve s’est imposé comme une alternative majeure dans le domaine de la production vidéo. Et les exemples sont nombreux dans pratiquement tous les secteurs.

Une caractéristique commune à beaucoup de ces nouveaux outils est leur recherche de simplicité. Ils ne prétendent pas nécessairement répondre à 100 % des situations possibles, mais permettent de satisfaire rapidement 80 % des besoins courants. Surtout, ils permettent d’obtenir un résultat sans devoir préalablement maîtriser l’ensemble des fondamentaux techniques du métier.

Prenons l’exemple de la colorimétrie d’un film. Harmoniser les couleurs et les ambiances entre différentes séquences pouvait représenter un travail long et fastidieux, nécessitant de savoir analyser précisément les images et de maîtriser des techniques complexes de correction. Des algorithmes peuvent aujourd’hui effectuer une partie importante de ce travail en quelques minutes.

Ce changement a une conséquence directe sur la formation.

Pendant longtemps, former au numérique signifiait essentiellement apprendre à maîtriser un logiciel : ses fonctions, ses menus, ses méthodes et, progressivement, ses fonctionnalités avancées. Cette logique devient moins pertinente lorsque les logiciels changent rapidement et qu’une part croissante de la complexité technique est prise en charge par les outils eux-mêmes.

La compétence se déplace alors progressivement de la maîtrise de l’outil vers la capacité à choisir le bon outil, à comprendre ce que l’on veut obtenir et à évaluer le résultat.

De « savoir faire » à « savoir ce que l’on veut faire »

La popularisation de l’intelligence artificielle ces dernières années a considérablement accéléré cette évolution.

Du « savoir faire », nous sommes progressivement passés au « savoir ce que l’on veut faire » et, surtout, au « savoir l’exprimer ».

Lorsqu’un outil est capable de produire une image, d’analyser des données, de générer du code, de rédiger un document ou d’automatiser un processus à partir d’une demande exprimée en langage naturel, la compétence ne réside plus uniquement dans la maîtrise technique de l’outil.

Elle se déplace vers la compréhension du besoin, la capacité à le formuler, à choisir la bonne solution et à juger de la pertinence et de la qualité du résultat obtenu.

Cela ne signifie pas pour autant que les connaissances fondamentales deviennent inutiles. Bien au contraire.

On peut obtenir un résultat sans maîtriser totalement les mécanismes qui permettent de le produire. Mais encore faut-il être capable de reconnaître un mauvais résultat, une erreur, une incohérence ou une solution dangereuse.

Les fondamentaux changent donc en partie de fonction : ils ne servent plus seulement à produire, ils deviennent indispensables pour comprendre, contrôler et décider.

L’Algonaute, un outil pédagogique dynamique

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’Algonaute.

Plutôt que de proposer uniquement un catalogue de connaissances ou de formations consacrées à des logiciels particuliers, l’Algonaute se veut un outil pédagogique dynamique, capable d’accompagner un environnement technologique en évolution permanente.

Un premier axe est celui de la veille technologique.

Il s’agit de suivre les évolutions importantes des logiciels existants, mais également l’apparition de nouvelles solutions susceptibles de modifier les pratiques professionnelles.

L’objectif n’est pas de répertorier toutes les nouveautés. Il s’agit d’identifier celles qui peuvent réellement changer une manière de travailler, simplifier un processus, améliorer la productivité ou remettre en question une solution devenue trop complexe, trop coûteuse ou simplement dépassée.

Cette rubrique s’adresse notamment aux entreprises. Elle doit leur permettre de découvrir de nouveaux outils, de comprendre ce qu’ils peuvent apporter et d’évaluer s’ils peuvent remplacer, compléter ou améliorer les solutions déjà utilisées.

Dans un marché où les logiciels et les usages évoluent désormais beaucoup plus rapidement, la veille technologique devient ainsi une composante de la formation elle-même.

Il ne suffit plus d’apprendre à utiliser les outils dont on dispose. Il faut également apprendre à identifier ceux qui permettront demain de travailler autrement, plus simplement ou plus efficacement.

Des géants aux pieds d’argile

Mais l’Algonaute doit également porter un regard critique sur ces évolutions.

L’intelligence artificielle, le tout-en-cloud et les grandes plateformes numériques sont souvent présentés comme des géants technologiques incontournables. Mais ces géants ont aussi leurs pieds d’argile.

La sophistication et la puissance de leurs services ne doivent pas masquer leurs fragilités.

Failles de sécurité, cyberattaques, fuites de données, dépendance envers quelques fournisseurs, atteintes potentielles à la vie privée, disparition d’un service, changement brutal de modèle économique ou simplement panne d’une infrastructure mondiale : aucune technologie n’est infaillible.

Cette réalité concerne évidemment les entreprises, qui confient une part croissante de leurs données, de leurs processus et parfois de leur capacité même à fonctionner à des infrastructures qu’elles ne maîtrisent plus directement.

Mais elle concerne tout autant les jeunes en formation.

Il faut apprendre à utiliser ces nouveaux outils, à profiter de leur formidable potentiel et à comprendre ce qu’ils permettent de faire. Mais il faut aussi apprendre à ne pas en devenir dépendant.

Une calculatrice ne dispense pas de comprendre les nombres. Un correcteur ne dispense pas de savoir écrire. Une intelligence artificielle capable de programmer ne dispense pas de comprendre la logique d’un programme. Un service dans le cloud ne dispense pas de savoir où se trouvent ses données, qui peut y accéder et ce qu’il advient lorsque le service n’est plus disponible.

Les outils numériques doivent rester un prolongement des compétences humaines et non leur substitut.

Préserver les compétences pour préserver l’autonomie

Les compétences personnelles, les connaissances fondamentales, l’expérience, la curiosité, l’esprit critique et la capacité à résoudre un problème restent les fondations d’une carrière professionnelle durable.

Les technologies peuvent les amplifier considérablement. Elles peuvent nous permettre de travailler plus vite, d’explorer davantage de solutions et de réaliser des choses qui auraient auparavant demandé beaucoup plus de temps ou des compétences très spécialisées.

Mais déléguer une tâche n’est pas la même chose que déléguer une compétence.

À l’échelle d’une entreprise, le même principe s’applique. Une organisation qui abandonne progressivement ses compétences au profit de ses fournisseurs technologiques risque de perdre sa capacité à comprendre ses propres processus, à choisir ses solutions, à négocier avec ses fournisseurs et à réagir lorsqu’une technologie devient indisponible.

La compétence devient alors également une question de résilience.

Et ce qui est vrai pour une personne ou une entreprise l’est finalement pour une société tout entière.

Lorsqu’une économie devient totalement dépendante de technologies, d’infrastructures et de compétences qu’elle ne maîtrise plus, la question n’est plus seulement technique ou économique. Elle devient une question d’autonomie et, à terme, de souveraineté.

Apprendre à utiliser, mais aussi à comprendre

La mission de la formation numérique évolue donc profondément.

Il ne s’agit plus seulement d’enseigner comment utiliser un logiciel.

Il faut apprendre à découvrir de nouveaux outils, à comprendre ce qu’ils peuvent apporter, à choisir celui qui correspond au problème posé, à exprimer clairement ce que l’on souhaite obtenir et à contrôler le résultat.

Mais il faut également comprendre leurs limites, leurs risques et les dépendances qu’ils peuvent créer.

Savoir faire.
Savoir ce que l’on veut faire.
Savoir l’exprimer.
Savoir choisir l’outil.
Savoir juger le résultat.
Et savoir continuer lorsque l’outil n’est plus là.

C’est cette culture numérique, à la fois curieuse, pragmatique, critique et tournée vers l’avenir, que l’Algonaute veut contribuer à transmettre.

Eric Ecoffey
Fondateur de l’Algonaute